Greffe fécale : une nouvelle arme contre la résistance à l’immunothérapie

La greffe fécale émerge comme une approche prometteuse dans le traitement du mélanome métastatique en modifiant le microbiote pour améliorer les réponses aux thérapies par immunothérapie. Deux études récentes publiées dans la revue « Science » apportent des preuves encourageantes de cette stratégie, marquant un tournant dans la recherche sur l’interaction entre microbiote et cancer.

Des essais cliniques significatifs

Les essais, menés en parallèle, impliquent une équipe israélienne dirigée par Erez Baruch au centre médical Sheba et une équipe américaine coordonnée par Hassane Zarour et Diwakar Davar avec le soutien des Instituts nationaux de la santé (NIH). L’un des essais a inclus 10 patients résistants aux anti-PD1, tandis que l’autre en a pris 15. Les patients ont reçu des greffes de matière fécale provenant de donneurs répondeurs aux anti-PD1, après avoir subi une déplétion par antibiotiques. Les résultats ont montré une réponse positive chez neuf des 25 participants: trois dans l’étude israélienne et six dans l’étude américaine, avec plusieurs réponses durables.

Particulièrement marquant, l’étude israélienne a mis en lumière un patient ayant démontré une réponse complète, illustrée par une tomographie par émission de positons (TEP) montrant la disparition des lésions tumorales notées au départ. Cette observation, qui inclut une augmentation transitoire des lésions, ne résulte pas d’une prolifération tumorale mais d’un phénomène de « pseudoprogression », indiquant une activation de la réponse immunitaire.

L’importance de la sélection des donneurs

Malgré les résultats encourageants, le taux de réponse demeure moins d’un tiers des patients greffés. Un défi majeur reste donc la sélection des donneurs. La Pr Laurence Zitvogel souligne que les caractéristiques qui définissent un « bon » microbiote sont encore à découvrir. Bien que les donneurs aient été choisis en fonction de leur réponse aux anti-PD1, les raisons de leur efficacité peuvent être variées et ne se limitent pas au microbiote.

L’étude israélienne a révélé que tous les répondeurs provenaient d’un même donneur, soulevant des questions sur la diversité des donneurs. L’avenir pourrait-il se tourner vers l’administration de probiotiques spécifiquement conçus, appelés « oncobiotiques » ? La Pr Zitvogel privilégie une approche pragmatique tout en annonçant que des essais cliniques de greffe fécale seront lancés au sein de son équipe.

Une autre découverte notoire est que la greffe fécale induit des changements notables du microbiote, non seulement au niveau local, mais aussi dans d’autres localisations tumorales. Les résultats montrent des modifications de la composition du microbiote, une activation des cellules T CD8, et une réduction des marqueurs inflammatoires tels que l’IL-8. La flore intestinale semble jouer un rôle clé dans le tonus inflammatoire, essentiel au contrôle de la progression du cancer.

Cette avancée dans l’utilisation du microbiote pour le traitement des cancers pourrait avoir des implications futures considérables. Bien qu’il soit prématuré de considérer la greffe fécale comme une pratique standard dans tous les protocoles de traitement du cancer, les résultats actuels fournissent des bases solides pour des recherches supplémentaires. La manière dont la greffe fécale pourrait remodeler les approches thérapeutiques demeure une question ouverte, mais l’enjeu est clair : ajuster les traitements d’immunothérapie pour maximiser la réponse des patients. Le potentiel du microbiote dans la lutte contre le cancer mérite donc une attention soutenue et des investigations approfondies.

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Cet article a été écrit par :
Gaspard
Je me consacre à la vulgarisation des recherches en santé, notamment autour du microbiote intestinal et des maladies inflammatoires. Je décrypte les publications scientifiques récentes afin d’en comprendre les enjeux concrets pour les patients et les professionnels de santé. J’attache une grande importance à la clarté et à la contextualisation des données cliniques.