Une étude innovante au CHUM cherche à évaluer l’effet d’une greffe fécale sur l’efficacité de l’immunothérapie contre le cancer, une approche encore peu explorée dans le monde médical.
Une étude prometteuse sur le mélanome
L’étude, divisée en deux volets, se concentre d’abord sur les patients atteints de mélanome métastatique, puis sur ceux touchés par un mélanome ou un cancer du poumon non à petites cellules. Selon le docteur Bertrand Routy, un des leaders du projet, cette recherche vise à administrer des capsules de selles à des patients en traitement d’immunothérapie pour identifier les bactéries bénéfiques qui pourraient renforcer cette thérapie. Ce type de recherche est inédit et représente seulement la troisième étude mondiale à explorer ce lien entre la greffe fécale et l’efficacité de l’immunothérapie.
Les deux recherches antérieures ont montré des résultats prometteurs, tant en matière de sécurité que d’efficacité. Elles ont révélé des signaux significatifs concernant les bénéfices potentiels de cette approche. Le microbiome intestinal, une thématique de recherche en pleine expansion, joue un rôle crucial dans le fonctionnement du système immunitaire. Des études ont déjà établi que l’utilisation d’antibiotiques avant le début d’une immunothérapie impacte négativement la flore intestinale, ce qui peut entraîner une progression plus rapide de la maladie.
Un potentiel de transformation dans le traitement du cancer
Il y a une décennie, un diagnostic de mélanome métastatique de stade 4 était souvent synonyme de quelques mois de survie. L’arrivée de l’immunothérapie et des traitements ciblés a considérablement modifié ce scénario, avec une augmentation de la survie à cinq ans qui atteint environ 45 %. La docteure Rahima Jamal, hémato-oncologue au CHUM, souligne que dans le domaine de l’oncologie, même une augmentation de quelques mois de survie est considérée comme un progrès significatif. Cependant, des défis persistent pour les patients qui ne survivent pas au-delà de cinq ans.
Le docteur Routy précise que bien que l’immunothérapie ait transformé la prise en charge des patients, une fraction importante continue de voir sa maladie progresser. Cette constatation a conduit les chercheurs à s’interroger sur l’influence du microbiome sur les effets secondaires de l’immunothérapie et à explorer des méthodes pour anticiper les réactions des patients à ces traitements. Des résultats préliminaires suggèrent que le microbiome a un impact notable sur la toxicité éventuelle des thérapies et peut même prédire la réponse à l’immunothérapie, notamment dans les cas de cancer du poumon.
La docteure Jamal évoque également la frustration actuelle dans la prédiction des résultats de traitement : « Nous ne sommes pas capables de prévoir si un patient va bien réagir ou s’il va éprouver des effets secondaires. » L’établissement de modèles prédictifs pourrait améliorer significativement la qualité de vie des patients et potentialiser leur survie.
Cette étude est rendue possible grâce à une subvention de 1,5 million de dollars accordée par la Société canadienne du cancer. Les patients souffrant de mélanome métastatique désirant participer à cette recherche sont encouragés à en discuter avec leur oncologue pour explorer les possibilités qui s’offrent à eux.



